« 26 avril 1849 » [source : Bibliothèque du colonel Daniel Sickles, XV], transcr. Evelyn Blewer, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5359, page consultée le 04 mai 2026.
26 avril [1849], jeudi matin, 7 h. ¼
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour, ne te réveille pas. À quelle heure es-tu
revenu de ton comité électoral Street ? Ne t’en cache pas,
va, tu ne seras pas battu pour cette fois-ci. Je connais les exigences des
candidatures. Je sais qu’on se dit à ses électeur-es et je
n’ai pas la moindre envie de te chercher chicane à ce sujet et d’entraver le succès
de
ton élection. Voime, voime, au contraire. Aussi
tu peux me dire toutes tes professions de foi et de rate. Je les approuve d’avance
et
te donne ma voix par-dessus le marché.
Maintenant parlons boustifaille et ne nous
laissons pas distraire par la viande creuse de la politique. Quel jour peux-tu bien
décidément venir bâfrer à la maison ? Je voudrais le savoir pour dresser mes batteries
en conséquence. Tu serais bien gentil de me le dire aujourd’hui pour que j’avertisse
en même temps Eugénie. Je ne veux pas vous
dire à ce sujet les tristes réflexions et les comparaisons peu aimables que m’inspire
la touchante précaution que vous prenez pour ne pas vous trouver seul avec moi-même
le
temps de manger du veau. Je garde cela pour moi au risque d’en étouffer et je fais
bonne mine à mauvais Toto. D’ailleurs je n’ai plus le droit d’être exigeante. Je n’ai
que le droit de vous régaler voilà tout. Cette petite amertume passée, il ne me reste
plus qu’à être très heureuse de la petite soirée que tu nous
donneras. Je te supplie seulement de ne pas trop la faire attendre et de ne pas
l’écorner par des comités hors d’œuvre et de goût. En attendant je suis au port d’armes et je t’attends
amour battant. Jour Toto, jour mon cher petit o. Ne vous réveillez pas, je vous baise en sourdine.
Juliette
« 26 avril 1849 » [source : MVHP, MS a8195], transcr. Michèle Bertaux et Joëlle Roubine, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5359, page consultée le 04 mai 2026.
26 avril [1849], jeudi soir, 8 h. ½
Tu m’as promis de penser à moi, mon doux adoré, et pour que tu n’oublies pas ta bonne promesse je viens te la rappeler. Je prends patience en songeant que ce sera mon tour demain et qu’il me sera donné de te voir un peu plus d’un quart d’heure. Il est vrai que mon tête à tête aura deux témoins, mais tel qu’il sera je m’en contenterai et m’en trouverai très heureuse. Fichtre ! il ne faut pas regarder au bonheur de si près par le temps de république qui coule. Aussi j’accepte le mien les yeux fermés pour conserver un brin d’illusion et je ne les ouvrirai que lorsque tu m’écrieras : fait ! ah ! Fait ! Jusque-là je garde le bandeau de l’amour, c’est mythologique et prudent. Est-ce que tu as été mouillé pour revenir de l’Institut à l’Assemblée tantôt, mon amour ? J’ai bien pensé à toi pendant cette fameuse pluie de 4 h. dont je n’ai pas perdu une seule goutte. Je ne comprends pas comment tu n’avais pas pris un parapluie pour toi. D’abord il t’aura été impossible de revenir chez toi ce soir autrement qu’en voiture à moins de risquer ta santé, ce dont tu n’es que trop capable. Aussi je ne suis pas tranquille quand je te sais voguant dans les rues par ce temps hideux et pourri. Quant à moi, j’ai accroché mes hardes et elles égouttent dans ce moment-ci. Sans reproche, voilà trente-deux sous de blanchissage que vous me coutez en moins de huit jours ; vous comprenez qu’il m’est impossible de continuer sur ce pied-là à moins de faire comme le citoyen Proudhon : mettre la clef sous la porte1. Aussi, demain je reste chez moi à me sécher si le temps n’est pas plus drôle que celui d’aujourd’hui. En attendant, je vous prie de penser à moi et de m’aimer.
Juliette
1 Allusion à élucider.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
